Suite aux recommandations de mon enseignante en gestion de classe Mariette Gervais, j’ai choisi de me lancer dans la lecture de Chagrin d’école, une œuvre écrite par Daniel Pennac. J’ai adoré ce livre puisqu’il m’a amenée à comprendre la frustration vécue par un élève en difficulté, par un cancre comme le dit si souvent Pennac. Ce livre m’a inspirée, car il montre l’évolution 
d’un élève en grande difficulté devenu enseignant. Le texte est émouvant et parfois révoltant lorsqu'on réalise que plusieurs centaines d'élèves québécois doivent aussi se sentir comme des moins que rien. J'espère grandement, en tant qu'enseignante, pouvoir un jour faire réaliser à un élève en difficulté l'ensemble de ses potentialités et de ses forces afin de peut-être le sauver de son chagrin d'école...
Voici quelques passages de ce roman qui m’ont particulièrement marquée ou émue :
« Les mots du professeur ne sont que des bois flottants auxquels le mauvais élève s’accroche sur une rivière dont le courant l’entraîne vers les grandes chutes. Il répète ce qu’a dit le prof. Pas pour que ça ait du sens, pas pour que la règle s’incarne, non, pour être tiré d’affaire, momentanément, pour qu’on [le] lâche. Ou qu’on [l]’aime. À tout prix. » (page 20)
« Plus que tout, certains professeurs me reprochaient cette gaieté. C’était ajouter l’insolence à la nullité. La moindre des politesses, pour un cancre, c’est d’être discret : mort-né serait l’idéal. Seulement, ma vitalité m’était vitale, si je puis le dire. Le jeu me sauvait du chagrin qui m’envahissait dès que je retombais dans ma honte solitaire. Mon Dieu, cette solitude du cancre dans la honte de ne jamais faire ce qu’il faut! Et cette envie de fuir… J’ai ressenti très tôt l’envie de fuir. […] Fuir de moi-même, disons, et pourtant en moi-même. Mais un moi qui aurait été acceptable par les autres. » (page 28)
« Nos mauvais élèves (élèves réputés sans devenir) ne viennent jamais seuls à l’école. C’est un oignon qui entre dans la classe : quelques couches de chagrin, de peur, d’inquiétude, de rancœur, de colère, d’envies inassouvies, de renoncement furieux, accumulées sur fond de passé honteux, de présent menaçant, de futur condamné. Regardez, les voilà qui arrivent, leur corps en devenir et leur famille dans leur sac à dos. Le cours ne peut vraiment commencer qu’une fois le fardeau posé à terre et l’oignon épluché. Difficile d’expliquer cela, mais un seul regard suffit souvent, une parole bienveillante, un mot d’adulte confiant, clair et stable, pour dissoudre ces chagrins, alléger ces esprits, les installer dans un présent rigoureusement indicatif.
Naturellement le bienfait sera provisoire, l’oignon se recomposera à la sortie et sans doute faudra-t-il recommencer demain. Mais c’est cela, enseigner : c’est recommencer jusqu’à notre nécessaire disparition de professeur. » (page 68)
« L’avenir, c’est moi en pire, voilà en gros ce que je traduisais quand mes professeurs m’affirmaient que je ne deviendrais rien. En les écoutant je ne me faisais pas la moindre représentation du temps, je les croyais, tout bonnement : crétin à jamais, pour toujours, « jamais » et « toujours » étant les seules unités de mesure que l’orgueil blessé propose au cancre pour sonder le temps. » (page 94)
« Il suffit d’un professeur - un seul ! – pour nous sauver de nous-mêmes et nous faire oublier tous les autres. » (page 256)
« Armés de cette passion ils [les enseignants] sont venus me chercher au fond de mon découragement et ne m’ont lâché qu’une fois mes deux pieds solidement posés dans leur cours. […] Ils accompagnaient nos efforts pas à pas, se réjouissaient de nos progrès, ne s’impatientaient pas de nos lenteurs, ne considéraient jamais nos échecs comme une injure personnelle et se montraient avec nous d’une exigence d’autant plus rigoureuse qu’elle était fondée sur la qualité, la constance et la générosité de leur propre travail. » (page 259)
« La sagesse pédagogique devrait nous représenter le cancre comme l’élève plus normal qui soit : celui qui justifie pleinement la fonction de professeur puisque nous avons tout à lui apprendre, à commencer par la nécessité même d’apprendre! Or, il n’en est rien. Depuis la nuit des temps scolaires l’élève considéré comme normal est l’élève qui oppose le moins de résistance à l’enseignement, celui qui ne douterait pas de notre savoir et ne mettrait pas notre compétence à l’épreuve, un élève acquis d’avance, doué d’une compréhension immédiate, qui nous épargnerait la recherche des voies d’accès à sa comprenette, un élève naturellement habité par la nécessité d’apprendre […]. » (page 268)

d’un élève en grande difficulté devenu enseignant. Le texte est émouvant et parfois révoltant lorsqu'on réalise que plusieurs centaines d'élèves québécois doivent aussi se sentir comme des moins que rien. J'espère grandement, en tant qu'enseignante, pouvoir un jour faire réaliser à un élève en difficulté l'ensemble de ses potentialités et de ses forces afin de peut-être le sauver de son chagrin d'école...
Voici quelques passages de ce roman qui m’ont particulièrement marquée ou émue :
« Les mots du professeur ne sont que des bois flottants auxquels le mauvais élève s’accroche sur une rivière dont le courant l’entraîne vers les grandes chutes. Il répète ce qu’a dit le prof. Pas pour que ça ait du sens, pas pour que la règle s’incarne, non, pour être tiré d’affaire, momentanément, pour qu’on [le] lâche. Ou qu’on [l]’aime. À tout prix. » (page 20)
« Plus que tout, certains professeurs me reprochaient cette gaieté. C’était ajouter l’insolence à la nullité. La moindre des politesses, pour un cancre, c’est d’être discret : mort-né serait l’idéal. Seulement, ma vitalité m’était vitale, si je puis le dire. Le jeu me sauvait du chagrin qui m’envahissait dès que je retombais dans ma honte solitaire. Mon Dieu, cette solitude du cancre dans la honte de ne jamais faire ce qu’il faut! Et cette envie de fuir… J’ai ressenti très tôt l’envie de fuir. […] Fuir de moi-même, disons, et pourtant en moi-même. Mais un moi qui aurait été acceptable par les autres. » (page 28)
« Nos mauvais élèves (élèves réputés sans devenir) ne viennent jamais seuls à l’école. C’est un oignon qui entre dans la classe : quelques couches de chagrin, de peur, d’inquiétude, de rancœur, de colère, d’envies inassouvies, de renoncement furieux, accumulées sur fond de passé honteux, de présent menaçant, de futur condamné. Regardez, les voilà qui arrivent, leur corps en devenir et leur famille dans leur sac à dos. Le cours ne peut vraiment commencer qu’une fois le fardeau posé à terre et l’oignon épluché. Difficile d’expliquer cela, mais un seul regard suffit souvent, une parole bienveillante, un mot d’adulte confiant, clair et stable, pour dissoudre ces chagrins, alléger ces esprits, les installer dans un présent rigoureusement indicatif.
Naturellement le bienfait sera provisoire, l’oignon se recomposera à la sortie et sans doute faudra-t-il recommencer demain. Mais c’est cela, enseigner : c’est recommencer jusqu’à notre nécessaire disparition de professeur. » (page 68)
« L’avenir, c’est moi en pire, voilà en gros ce que je traduisais quand mes professeurs m’affirmaient que je ne deviendrais rien. En les écoutant je ne me faisais pas la moindre représentation du temps, je les croyais, tout bonnement : crétin à jamais, pour toujours, « jamais » et « toujours » étant les seules unités de mesure que l’orgueil blessé propose au cancre pour sonder le temps. » (page 94)
« Il suffit d’un professeur - un seul ! – pour nous sauver de nous-mêmes et nous faire oublier tous les autres. » (page 256)
« Armés de cette passion ils [les enseignants] sont venus me chercher au fond de mon découragement et ne m’ont lâché qu’une fois mes deux pieds solidement posés dans leur cours. […] Ils accompagnaient nos efforts pas à pas, se réjouissaient de nos progrès, ne s’impatientaient pas de nos lenteurs, ne considéraient jamais nos échecs comme une injure personnelle et se montraient avec nous d’une exigence d’autant plus rigoureuse qu’elle était fondée sur la qualité, la constance et la générosité de leur propre travail. » (page 259)
« La sagesse pédagogique devrait nous représenter le cancre comme l’élève plus normal qui soit : celui qui justifie pleinement la fonction de professeur puisque nous avons tout à lui apprendre, à commencer par la nécessité même d’apprendre! Or, il n’en est rien. Depuis la nuit des temps scolaires l’élève considéré comme normal est l’élève qui oppose le moins de résistance à l’enseignement, celui qui ne douterait pas de notre savoir et ne mettrait pas notre compétence à l’épreuve, un élève acquis d’avance, doué d’une compréhension immédiate, qui nous épargnerait la recherche des voies d’accès à sa comprenette, un élève naturellement habité par la nécessité d’apprendre […]. » (page 268)

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