D'après mes souvenirs d'enfance, j'aimais beaucoup les systèmes d'émulation lorsque j'étais au primaire. Je me souviens, entre autres, d'un système d'émulation qui consistait en une course de petites voitures sur lesquelles figurait le visage de chacun des élèves de la classe. L'enseignant avançait les voiturettes selon le comportement ou le travail des élèves et s'assurait de remettre une récompense à l'élève dont l'automobile franchissait la ligne d'arrivée. Pour ma part, étant donné que j'avais un bon comportement et de bons résultats scolaires, ce genre de système était tout à fait à mon avantage. À mon avis, c'est pour cette raison que les systèmes d'émulation de mon enfance sont associés à des expériences positives et que j'en garde de bons souvenirs.
Étant donné cette vision positive des systèmes d'émulation issue de mon enfance, j'ai longtemps cru qu'ils étaient bénéfiques pour tous les élèves. Ce n'est qu'à partir de mon deuxième stage qu'une enseignante m'a ouvert les yeux. Effectivement, mon enseignante associée de l'époque n'avait aucun système d'émulation dans sa classe de maternelle. Comme me l'avaient suggéré certains professeurs de l'université, j'avais décidé d'en créer un en lien avec un projet que j'avais monté avec les élèves. Mon enseignante associée m'avait alors mise en garde face à ce genre de système, mais elle m'avait tout de même permis de l'expérimenter, tout en me poussant à réfléchir sur l'impact de mon système d'émulation sur les élèves ayant des difficultés de comportement dans la classe. À la fin de la semaine, j'ai finalement choisi de laisser tomber mon système, car j'ai observé que les élèves qui avaient les plus grandes difficultés dans le groupe n'avaient effectivement pas atteint le standard voulu. Je n'avais pas réussi à les motiver réellement et tout compte fait, malgré leurs efforts, ils n'avaient pas profité de la récompense promise à la fin de la semaine. À partir de ce moment, j'ai compris les raisons qui avaient poussé mon enseignante associée à choisir un système de motivation plutôt qu'un système d'émulation.
En plus de cette prise de conscience en stage, ma vision professionnelle des systèmes d'émulation a également été influencée par les nombreuses recherches et études menées sur le sujet. À vrai dire, par leurs écrits, Jean Archambault et Roch Chouinard (Vers une gestion éducative de la classe), Clermont Gauthier (Mots de passe pour enseigner) ainsi que les auteurs de la revue Vie pédagogique m'ont fait réaliser que bien qu'ils soient encore présents dans beaucoup de classes québécoises, les systèmes d'émulation ne comportent pas vraiment d'avantages. En effet, en plus d'être difficile à gérer pour l'enseignante, ce genre de système ne permet aucunement à l'élève de devenir autonome et d'apprendre à se contrôler lui-même puisque c'est l'enseignante qui gère tout. Qui plus est, de façon générale, les systèmes d'émulation n'ont aucune incidence sur la motivation intrinsèque des élèves et peuvent même aller jusqu'à la diminuer en mettant trop l'accent sur la motivation extrinsèque. Ajoutons que les systèmes d'émulation ne favorisent généralement pas les enfants qui sont visés par cette mesure, car ce sont souvent les bons élèves, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas besoin d'être renforcés, qui obtiennent les récompenses et les renforçateurs. Je suis d'avis qu'il est grand temps que les enseignants réalisent l'impact négatif que peuvent avoir les systèmes d'émulation sur la confiance et la vie des élèves en difficulté. Pour ma part, je ne suis plus portée à les utiliser, car j'ai réalisé qu'il est beaucoup plus important et motivant pour l'élève que son enseignante prenne le temps de le féliciter sincèrement plutôt qu'elle perde tout son temps à gérer un système inefficace. Bref, mentionnons qu'aucun système d'émulation ne pourra remplacer des éloges bien sentis ou un système de motivation bien pensé.

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